Après avoir aperçu la lueur verte qui illuminait les boutons de la serrure indiquant qu’elle était déverrouillée, Darren pressa la poigné et entra dans sa résidence. Personne n’y était présent bien sur ; il était seulement 4h25 et son père allait arriver dans quelques minutes avec son petit frère. Il lui restait donc approximativement 45 minutes de libre avant que sa mère ne vienne les chercher pour se rendre à leur seconde résidence. Il passa le temps qu’il lui était promis à faire ce qu’il faisait tous les jours lors de son retour chez lui ; il écouta de la musique et gratta sur sa guitare. Quelque fois absorbé par la musique, il lui arrivait de se laisser aller et chantait avec la plus grande énergie qui émanait de son corps. Il en profitait lorsqu’il était seul car il n’était pas vraiment réputé pour sa belle voix. De temps à autres, il improvisait quelques rythmes entrainant sur ses six cordes. C’était dans des moments comme celui-ci qu’il se sentait vraiment lui-même.
Lorsque l’horloge à apparence ancienne indiqua 5h10, un frappement de main sur la porte d’en avant fit deviner à Darren que sa mère était arrivée à destination. Son instrument et son sac d’école sur le dos, il traversa le cadre porte derrière son cadet. Après qu’il ait mit ses effets dans la valise arrière et qu’il ait fermé la porte à sa droite, leur taxi était prêt à partir. La première chose qu’il fut dans l’auto était bien sur de mettre un bon cd et de se laisser emporter. Il avait effectué le chemin pour se rendre chez sa mère tellement de fois que chaque endroit faisait renaitre un souvenir dans son esprit. Le Couche tard situé au coin Philippe Goulet et Iberville lui rappelait les nombreuses escapades en cachette afin de se procurer quelques friandises sucrées. Le IGA, les longues marches en compagnie de Jack à 10h le matin pour se chercher quelques choses pour faire un bon petit déjeuner. Rendu dans la paisible banlieue de L’Assomption, le Théâtre Hector- Charland ; endroit où lui et Jack avait vécu de superbes soirées en compagnie de leurs groupes favoris. La crémerie au coin L’Ange-Gardien et Chemin du Golf ; les nombreuses soirées passées assis avec sa douce à manger un délectable cornet et la nuit où ils s’étaient embrasser pour la toute première fois. Il y avait aussi le fameux Tim Horton où ils allaient très souvent s’offrir de somptueux cafés glacés qui faisaient salivés tout le monde. Ensuite, arrivé dans le village de St-Gérard de Magellan, le dépanneur où ils allaient tous les soirs se louer un bon film et l’église, situé juste à côté, où ils allaient souvent se coucher dans l’herbe environnante afin d’admirer le coucher de soleil. À droite sur la rue Gareau, à gauche sur Labonté, une vingtaine de maison plus loin et ils étaient arrivés.
Darren pris donc son sac et sa guitare et entra dans la demeure de campagne. Il salua tout le monde qui y était présent et alla immédiatement s’enfermer dans sa modeste chambre. Darren avait organisé sa chambre comme tous les adolescents de 17 ans le font habituellement. Des posters de ses groupes favoris ou bien de ses films préférés ornaient les murs, il y avait du linge qui trainait un peu partout, le bureau de travail servait plutôt de ramasse bazar, le lit ressemblait à un champ de bataille, une vrai chambre d’adolescent. Il déposa donc ses effets sur le bord du lit et alla chercher son ordinateur portable qu’il déposa sur le lit. Le temps que celui-ci soit totalement démarré, l’adolescent allongea son bras gauche afin de saisir son sac de guitare qu’il le posa délicatement sur le lit. Le son discret de la fermeture éclair qui s’ouvre faisait frissonner Darren. Il aimait tellement jouer que la seule image de sa ‘’six cordes’’ dans la fine ouverture du sac augmentait son enthousiasme. Lorsqu’il la vit complètement, il la prit, la posa sur ses genoux et commença dès lors à jouer. Le son métallique des fines cordes raisonnait dans toute la pièce. Soudain, un son émana des microphones de l’ordinateur pour prévenir Darren que celui-ci était prêt. Il fit donc comme à tous les jours et alla à la recherche de quelques partitions sur le Web. Il adorait apprendre à interpréter de nouvelles chansons.
Quelques minutes plus tard, le guitariste entendit une voix stridente qui essayait d’enterrer la musique. C’était sa mère qui l’appelait pour le prévenir que le souper était prêt. Tout en laissant s’échapper un long soupir, il déposa son instrument sur son trépied, sortit de sa chambre et alla immédiatement s’installer à table. Lorsqu’il vit le repas du jour, un sourire se dessina sur son visage. Sa mère avait préparé son plat favori ; de la lasagne. L’unique image du mélange de pâte, de fromage et de sauce tomate dans son assiette le faisait saliver. Après avoir souhaité à tout le monde autour de la table le bon appétit, il commença à déguster son délice italien.
- Tout c’est bien passé à l’école Darren ?, lui demanda son beau-père comme à tous les soirs.
- Oui Mickael, je suis bien content qu’elle soit fini par contre.
- Et pourquoi cela ?, lui demanda sa mère.
- Dois-je vraiment répondre à cette question…
- Ah oui, c’est vrai ! Tu es en vacance pendant une semaine toi ; petit chanceux.
- À ce qu’il paraît, tu vas à une soirée ce soir ?, l’interrogea Mickael.
- Ouais ! En fait, c’est plutôt une nuit blanche. On va tous passé la nuit chez Morvan.
- Et il y aura qui ? La gang habituelle j’imagine ?, lui demanda sa mère.
- Et bien, comme toujours ; moi, Ange, Morvan, Annabelle, Jack, Mike, Peter, Laurène et je ne sais pas pourquoi, mais Annabelle a aussi invité Antoine…
- Vous n’aimez pas beaucoup cet Antoine pas vrai? lui demanda son beau-père.
- Et bien personnellement, non. Il me tape sérieusement sur les nerfs… Mais c’est l’ami d’Annabelle, je peux rien y faire…
- Ah d’accord, répondit l’homme qui l’avait interrogé.
- Et j’imagine que tu veux encore qu’on te prête les clefs de la Sunfire ?, lui demanda sa mère tout en rigolant un peu.
- Et bien… oui, comme toujours… Si bien sur ça ne vous dérange pas…
- Ai-je vraiment le choix ?
- Pas vraiment…
- Bon, c’est correct. N’oublies pas de l’appeler pour la prévenir de ton arrivé ; pour qu’elle soit prête.
- D’accord.
La conversation finit donc ici et cela laissa le temps à Darren de terminer son repas. Dès que celui-ci fut terminé, il alla rincer son assiette pour ensuite la mettre dans le lave-vaisselle. Son coin de table rangé, il redescendit dans sa chambre tout en prenant le soin d’y apporter un des téléphones sans fil. Il barra sa porte et composa le numéro de téléphone de sa bien-aimée. Le temps que quelqu’un réponde à son appel, il alla s’installer sur son lit et fit jouer un peu de musique.
- Oui allo ?, demanda le père d’Ange qui avait répondu en premier.
- Pourrais-je parlé à Ange s’il-vous-plait ?
- Oui, un instant. ANGE ! cria le père de famille comme il le faisait à chaque appel. Ange, c’est pour toi !
Darren attendit quelques instants avant que celle-ci prenne le temps de se rendre au téléphone le plus proche.
- Allo ?, finit par dire Ange
- Salut, c’est Darren
- Ah salut !
- Ça va bien ?
- Ouais quand même, sauf qu’li faut que je finisse de ramasser le bordel dans ma chambre si je veux aller au party…
- Allez, tu es capable ! Let’s go Ange, let’s go !
- Oui oui, je me dépêche ! Sinon, toi ça va ?
- Bien sur, puisque je te parle.
- Oh, arrête avec ça, tu sais que ça m’énerve…
- Je sais, je suis désolé…
- Non, c’est correct, je commence à y prendre goût.
- Super !
- Bon, pourquoi tu m’appelais au juste ?
- Juste pour te prévenir que je vais venir te chercher vers 19h45.
- Ah d’accord, tu diras encore merci à ta mère et ton beau-père de te laisser prendre la voiture, pour toutes les fois où ils se sont empêcher de sortir pour nous !
- C’est vrai ! Hey, mais oublie pas ton maillot de bain, on va surement se baigner cette nuit !
- D’accord. Je suppose que tu apportes ta guitare…
- Bien sur ! Tu sais que je l’apporte n’importe où!
- Ouais ! Hi hi !
- Allez, je vais te laisser finir ton ménage.
- Ouais, parce que sinon je ne pourrai pas venir à la soirée.
- Et je ne voudrais pas être coupable de cette tragédie. Allez, je te laisse !
- Bye
- Hey !
- Oui quoi ?
- Je t’aime
- Moi aussi.
Les deux amoureux décrochèrent la ligne et allèrent vaquer à leurs occupations. Il restait dans les environs d’une heure avant le départ de Darren pour se rendre chez Morvan. Il en profita donc pour aller prendre une bonne douche chaude. L’adolescent, comme la plupart de son âge, aimait prendre de très longues douches ; il s’y sentait calme et détendu. Par contre, comme toujours, sa mère coupa l’eau chaude dans le but de faire sortir son fils de la salle de bain et, comme à l’habitude, la première chose qu’elle lui dit à sa sortie était : « Laisse un peu d’eau chaude pour les autres ! ». Et comme à chaque jour, il retourna dans la salle de bain pour finir de se préparer. Sa toilette terminée, il lui restait encore une vingtaine de minutes avant son départ. Il profita du temps qu’il lui était imparti pour aller faire un tour de bicyclette. Il enfila donc ses souliers, enfila une veste et se rendit dans le garage. À la vue de son vélo, plusieurs visions de son enfance refirent surface dans son esprit. Il était devant l’engin qui lui permettait de se déplacer lorsque qu’il débutait son secondaire. Bien sur, on lui en avait offert un neuf en 3ème secondaire, mais celui-ci était stationné dans le garage chez son père. Celui qu’il avait devant ses yeux était de couleur jaune vif et était accroché à de vielles roues encore en très bonne état. Un vélo simple, mais qui roule. Il se disait tout le temps : « En autant que ça roule ! ». Après s’être souvenu de ce bon temps, il alla ouvrir la porte du garage. Son vélo sortit de l’entrepôt à bazar, il referma la porte mécanique, monta sur son moyen de transport et se commença à pédaler.
Darren décida de faire le tour du cartier au grand complet ; cela ne lui prendrait pas un temps immense vu qu’il n’y avait approximativement que vingt rues aux alentours. Une de ses rues favorites était la rue Boulet ; les maisons qui s’y trouvaient étaient magnifiques ! Tous de vielles maisons, certes ; mais la plupart étaient immenses ! Presque la taille des châteaux que l’on trouvait sur le bord du fleuve St-Laurent à Repentigny ! L’adolescent adorait roder dans son cartier pour admirer ces sublimes demeures, mais aussi à cause de tous ses grands arbres qui longeait les rues. Soudain, le rodeur remarqua un chemin de sable qui continuait au coin d’une courbe. Intrigué par où celle-ci pouvait bien mener, il décida de l’emprunter. Le chemin était couvert de sable et y pédaler n’était pas de tout plaisir. Lorsqu’il arriva enfin à l’endroit où ce petit chantier désertique menait, le soleil commença à se coucher. Au bout du chemin sableux se trouvait un vieux chemin de fer situé entre deux majestueux murs feuillus. L’aventurier regarda au long pour voir si un train approchait et aperçu une ouverture dans le mur en face. Il longea donc les railles de fer jusqu'à son emplacement. L’image des railles de chemin de fer entourés des murs verdâtre était sublime et décevait le rôdeur de ne pas avoir emmené son appareil photo. Suite à une ou deux minutes de marche, Darren arriva dans un immense champ entouré d’une forêt à couper le souffle. Les superbes arbres, l’air frais, le chant des oiseaux, les teintes rougeâtres qui traversaient le ciel, voila le spectacle qui se situait devant les yeux émerveillés du jeune Darren Witchwoods. « Wow ! », voila le seule mot qui venait à la bouche de Darren. Jetant un ½il sur sa montre afin de savoir combien de temps pouvait-il encore rester dans ce paradis, il sursauta en voyant qu’il ne lui restait que 10 minutes avant son départ. Il ne voulait pas être en retard pour une fois ! Le paysage lui avait tout simplement fait perdre la notion du temps. Il alla immédiatement saisir sa monture et partit tel un coureur sur son cheval. Malheureusement, sa curiosité reprit le dessus sur sa logique lorsqu’il aperçu un autre chemin caché situé au beau milieu d’une forêt. Celui-ci, par contre, fait de petites roches et entourés de gigantesques conifères. Cependant, ce n’était pas l’apparence qui intrigua le jeune homme, mais plutôt la barrière qui barrait la voie aux automobiles et l’affiche où était inscrite : « Défense d’entrer ». Cet avertissement, pour Darren, ne l’empêchait pas de traverser les tiges de fer ; au contraire, il l’incitait à les enjamber. Le jeune homme était un de ses adolescents qui aimait beaucoup faire ce qu’il n’avait pas le droit de faire ; découvrir l’interdit. Écoutant la petite voix à l’intérieur de sa tête qui lui disait de s’aventurer dans ce chemin mystérieux, il sauta par-dessus la barrière et commença à inspecter les alentours. Il fut déçu de voir que celui-ci menait à un cul-de-sac où se trouvait un gigantesque structure électrique. La déception d’avoir perdu son temps apparente sur son visage, il rebroussa chemin pour aller retrouver sa bicyclette. Juste au moment où il se préparait à retraverser les tiges de fer, le rodeur de la nuit entendit un craquement de branches à sa droite. Sa curiosité réapparu, Darren descendit de l’obstacle et réinspecta l’allée rocheuse. Crac ! Ce bruit était la preuve que quelqu’un le surveillait ! Était-ce les adultes qui avaient accroché l’avertissement un début du chemin ? Il n’en savait rien. Malgré cela, il continua à surveiller les alentours. Une allée sombre, une intrigue, une nuit où seules les étoiles éclairent le peu de chemin que vous pouvez apercevoir, un inconnu qui vous surveille ; voila tous les éléments nécessaires pour faire une bonne scène d’épouvante ! Et tout cela augmentait graduellement le sentiment d’excitation de Darren. Soudain, il vit une minuscule lueur jaunâtre apparaitre au fond d’une ouverture des bois. Quelques secondes plus tard, une seconde lueur apparut. Darren s’aventurait dans le bois sans se rendre compte qu’il ne verrait bientôt plus le chemin couvert de pierres. Il était envouté sur place. À quelques moments, l’aventurier entendait une voix inconnu dans sa tète qui lui disait : « Viens ! Viens à moi ! N’ai pas peur ! Viens ! » L’adolescent était hypnotisé par ses paroles. Il ne ressentait aucune peur en lui, car celle-ci c’était métamorphosée en adrénaline intense. Il n’avait jamais ressentit une émotion comme celle-ci ; une qui vous glace le sang, mais vous fait battre d’excitation au même moment. Darren pouvait sentir son pouls sans effectuer de test physique tellement son c½ur battait rapidement et d’une force impressionnante. Plus il avançait dans la forêt avec cette voix mystérieuse qui l’appelait, plus la folie l’emportait. Malheureusement pour lui, ce moment dut finir bien vite. Au loin, on pouvait entendre des aboiements de chiens qui s’approchaient ! Il entendit ensuite une voix d’homme qui avait l’air d’être à sa recherche ! L’adulte devait avoir découvert le vélo à l’entrée de l’allée interdite ! Pris de panique, Darren se faufila donc entre les arbres tout en essayant de passer inaperçu. Lorsqu’il sortit de la forêt, il monta en vitesse sur sa bicyclette et pris la poudre d’escampette. Durant tout le chemin du retour, le rôdeur était intrigué par ce qu’il pouvait bien y avoir dans les bois. Il arriva chez lui pile à l’heure sans que sa mère ne se demande ce qu’il faisait pour que cela prenne autant de temps. Notre revenant rangea donc son vélo dans le garage et prit les clefs de la voiture. Le conducteur partit à la minute qui suit pour aller chercher sa bien-aimée avec toujours cette image des bois sombres imprimée dans son esprit.